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L'entreprise d'un proche d'Emmanuel Macron reprend le programme de Gilmartin a également mené des recherches , élaboré des traitements et mis au point des protocoles de prévention contre la timidité amoureuse [ 1 ]. De nouveau, il affirme: Gilmartin soutient que la timidité amoureuse aurait les effets les plus marquants sur les hommes hétérosexuels, en raison du rôle assigné à chaque sexe. La collecte de données de Gilmartin incluait seulement des hommes hétérosexuels.

Cependant, de son point de vue, les effets négatifs de la timidité amoureuse se manifestent essentiellement chez les hommes hétérosexuels. Un certain nombre des hommes étudiés ont eu des difficultés à être mis au monde et ont nécessité parfois une césarienne pour naitre [ 2 ].

Les hommes plus âgés montraient davantage de colère durant les entretiens alors que les hommes plus jeunes étaient plus calmes [ 2 ]. Ils avaient tendance à être hypersensibles par rapport aux hommes non-timides [ 2 ]. Les hommes timides en amour étaient également moins à même de répondre aux attaques. Cependant, cela amenait aussi les hommes interrogés à ne rien vouloir faire avec les individus du même sexe [ 1 ].

Les données de Gilmartin ont indiqué que les hommes timides en amour ont grandi dans des familles dysfonctionnelles [ 2 ]. Ils étaient la plupart du temps en situation de sous-emploi et travaillaient au salaire minimum comme conducteur de taxi ou démarcheur.

En conséquence, tous les hommes timides en amour appartenaient à la classe moyenne inférieure ou en deçà [ 1 ]. Les hommes timides en amour plus âgés vivaient tous dans des appartements. Une comparaison entre cette nouvelle et les autres textes qui forment le Décaméron nous permettra d'identifier le statut de chaque proposition.

Il y a d'abord une proposition obligatoire: D'autre part, deux propositions contiennent les causes de ce désir l'outrage des mauvais garçons et le malheur de la dame et on peut les qualifier de facultatives: Dans l'histoire de Péronnelle VII, 2 , il n'y a pas de motivations psychologiques ; mais on y trouve également une proposition facultative: Qu'on nous entende bien: Il existe enfin des propositions alternatives.

Prenons par exemple l'action de la dame qui modifie le caractère du roi. Du point de vue syntaxique elle a la même fonction que celle de Péronnelle qui cachait son amant dans le tonneau: Cependant ici cette action est une attaque verbale directe alors que Péronnelle se servait du travestissement. Si nous cherchons à établir une typologie des intrigues, nous ne pouvons le faire qu'en nous fondant sur les éléments alternatifs: D'autre part, la typologie pourrait se fonder sur des critères purement syntagmatiques: Ainsi il peut décrire seulement le passage d'un équilibre à un déséquilibre, ou inversement.

L'étude des nouvelles du Décaméron nous a amené par exemple à ne voir dans ce recueil que deux types d'histoire. Ici, le trajet complet est suivi équilibre - déséquilibre - équilibre ; d'autre part, le déséquilibre est provoqué par la transgression d'une loi, acte qui mérite la punition.

Ici, seule la seconde partie du récit est présente: Ces quelques exemples peuvent suffire pour donner une idée de la grammaire du récit. Mais l'état des études sur le récit implique que notre première tâche soit l'élaboration d'un appareil descriptif: On pourrait et on devrait trouver aussi des imperfections dans les catégories concrètes proposées ici; mon but était de soulever des questions plutôt que de fournir des réponses.

Il me semble, toutefois, que l'idée même d'une grammaire du récit ne peut pas être contestée. Cette idée repose sur l'unité profonde du langage et du récit, unité qui nous oblige à réviser nos idées sur l'un et sur l'autre.

On comprendra mieux le récit si l'on sait que le personnage est un nom, l'action, un verbe. Mais on comprendra mieux le nom et le verbe en pensant au rôle qu'ils assument dans le récit. En définitive, le langage ne pourra être compris que si l'on apprend à penser sa manifestation essentielle, la littérature. L'inverse est aussi vrai: En quelque sorte, l'écrivain ne fait que lire le langage.

II faut considérer la littérature comme littérature. Ce slogan, énoncé sous cette forme même depuis plus de cinquante ans, aurait dû devenir un lieu commun et donc perdre sa force polémique. C'est que cet impératif est doublement paradoxal. Autrement dit, ce sont des phrases qui constituent un degré zéro du sens. D'autre part, écrire sur un texte, c'est produire un autre texte; dès la première phrase qu'articulé le commentateur, il fausse la tautologie, qui ne pouvait subsister qu'au prix de son silence.

Et même si le nouveau texte relève aussi de la littérature, ce n'est plus de la même littérature qu'il s'agit. Qu'on veuille ou non, on écrit: Le paradoxe est double; mais c'est précisément dans cette duplicité que réside la possibilité de le dépasser.

Dire une telle tautologie n'est pas vain dans la mesure même où la tautologie ne sera jamais complète. Il suffit, pour le constater, de se tourner vers un texte précis et ses exégèses courantes: Un exemple extrême nous est donné par la littérature du Moyen Age: Troubetzkoy, fondateur de la linguistique structurale, écrivait en à propos de l'histoire littéraire du Moyen Age: Il y est rarement question de la littérature en tant que telle.

On y traite de l'instruction plus exactement, de l'absence d'instruction , des traits de la vie sociale, reflétés plus exactement, insuffisamment reflétés dans des sermons, chroniques et " vies ", de la correction des textes ecclésiastiques; en un mot, on y traite mainte question. Mais on parle rarement de littérature.

Léo Spitzer le répétait quel que quinze ans plus tard. Ces nuances ne sont pas sans importance, bien entendu. Un Paul Zumthor a tracé de nouvelles voies pour la connaissance de la littérature médiévale. On a commenté et étudié bon nombre de textes, avec une précision et un sé rieux qu'on ne saurait sous-cstimer. Les paroles de Troubetzkoy restent cependant valables pour l'ensemble, quelque significatives que soient les exceptions.

Le texte dont j'esquisse ici une lecture a déjà été l'objet d'une telle étude attentive et détaillée. L'analyse de Pauphilet tient compte des aspects proprement littéraires du texte; ce qui nous reste à faire, c'est essayer de pousser cette analyse plus loin. Je cite l'édition d'A. Bonnefoy Paris , Seuil, Ce texte contient donc sa propre glose. A peine une aventure est-elle achevée que son héros rencontre quelque ermite qui lui déclare que ce qu'il a vécu n'est pas une simple aventure mais le signe d'autre chose.

Ainsi, dès le début, Galaad voit plusieurs merveilles et ne parvient pas à les comprendre tant qu'il n'a pas rencontré un prud'homme. Elle présentait trois épreuves redoutables: De ces trois choses, voici le sens. Aucun chevalier ne passe à côté de ces explications.

Pour Dieu, conclut-il, dites-moi la signification de ces trois choses. Car jamais je n'entendis parole que j'eusse telle envie de comprendre. Les détenteurs du sens forment une catégorie à part parmi les personnages: De même que les chevaliers ne pouvaient pas savoir, ceux-ci ne peuvent pas agir; aucun d'entre eux ne participera à une péripétie: Les deux fonctions sont rigoureusement distribuées entre les deux classes de personnages; cette distribution est si bien connue que les héros s'y réfèrent eux-mêmes: Nous sommes confrontés, donc, dès le début et d'une manière systématique, à un récit double, avec deux types d'épisodes, de nature distincte, mais qui se rapportent au même événement et qui alternent régulièrement.

Le fait de prendre les événements terrestres comme les signes des volontés célestes était chose courante dans la littérature de l'époque. Mais alors que d'autres textes séparaient totalement le signifiant du signifié, en omettant le second, en comptant sur sa notoriété ou en le réservant pour un autre livre, la Quête du Graal met les deux types d'épisodes les uns à côté des autres; l'interprétation est incluse dans la trame du récit.

Une moitié du texte porte sur des aventures, une autre sur le texte qui le décrit. Le texte et le méta-texte sont mis en contiguïté.

Cette assimilation pourrait déjà nous prévenir contre une distinction trop nette des signes et de leurs interprétations. Les uns et les autres épisodes se ressemblent sans jamais s'identifier entre eux par ceci de commun: Le récit d'une aventure signifie un autre récit; ce sont les coordonnées spatio-temporelles de l'épisode qui changent mais non sa nature même.

C'était là, encore une fois, chose courante pour le Moyen Age, qui était habitué à déchiffrer les récits de l'Ancien Testament comme annonçant les événements du Nouveau Testament; et on trouve des exemples de cette transposition dans la Quête du Graal.

Ainsi que Caïn salua son frère avant de le tuer, Judas devait saluer son Seigneur [62] avant de le livrer à la mort. Ces deux morts s'accordent donc bien, sinon de hautesse, du moins de signifiance. Dans la Quête du Graal, les interprétations renvoient, avec plus ou moins d'imprécision, à deux séries d'événements.

La première appartient à un passé distant de quelques centaines d'années; elle se rapporte à Joseph d'Arimathie, à son fils Josèphe, au roi Mordrain et au roi Méhaignié; c'est elle qui est habituellement désignée par les aventures des chevaliers ou par leurs rêves.

La relation des trois est clairement établie au cours du récit des trois tables, que fait à Perceval sa tante. La première fut la table de Jésus-Christ où les apôtres mangèrent plusieurs fois. Après cette table, il y en eut une autre à la semblance et remembrance de la première. Ce fut la Table du Saint-Graal, dont on vit un si grand miracle en ce pays au temps de Joseph d'Arimathie, au commencement de la Chrétienté sur la terre.

Après cette table, il y eut encore la Table ronde établie selon le conseil de Merlin et pour une grande signifiance. Ainsi, parmi les toutes premières épreuves de Galaad, il y a celle de l'écu; l'aventure une fois terminée, un envoyé du ciel apparaît sur scène.

De même pour les références à la vie du Christ, plus discrètes celles-ci, dans la mesure où la matière est plus connue. Et de même encore que les prophètes, bien avant Jésus-Christ, avaient annoncé sa venue et qu'il délivrerait l'homme de l'enfer, de même les ermites et les saints ont annoncé votre venue depuis plus de vingt années.

La ressemblance entre les signes-à-interpréter et leur interprétation n'est pas purement formelle. La meilleure preuve en est le fait que [63] parfois des événements qui appartenaient au premier groupe apparaissent par la suite dans le second.

Ainsi, en particulier, d'un rêve étrange que fait Gauvain, où il voit un troupeau de taureaux à la robe tachetée. Le premier prud'homme trouvé lui explique qu'il s'agit là précisément de la quête du Graal, à laquelle lui, Gauvain, participe. Les taureaux disent dans le rêve: Il n'y a donc aucune différence de nature entre les récits-signifiants et les récits-signifiés, puisqu'ils peuvent apparaître les uns à la place des autres.

Le récit est toujours signifiant; il signifie un autre récit. Le passage d'un récit à l'autre est possible grâce à l'existence d'un code. Ce code n'est pas l'invention personnelle de l'auteur de la Quête, il est commun à tous les ouvrages de l'époque; il consiste à relier un objet à un autre, une représentation à une autre; on peut facilement envisager la constitution d'un véritable lexique.

Voici un exemple de cet exercice de traduction. Ces paroles ne sont pas sans une grande signifiance, et elle entendait bien autre chose que ce que tu pus entendre. Le pavillon, qui était rond à la manière de l'univers, représente le monde, qui ne sera jamais sans péché ; et parce que le péché y habite toujours, elle ne voulait pas que tu fusses logé ailleurs.

En te disant de t'asseoir et de te reposer, elle signifiait que tu sois oisif et nourrisses ton corps de gourmandises terrestres. Elle t'appelait, prétendant que le soleil allait te brûler, et il n'est point surprenant qu'elle l'ait craint. La traduction va donc toujours du plus connu au moins connu, aussi surprenant que cela puisse paraître.

Ce sont les actions quotidiennes: Le pavillon est rond; l'univers est rond; donc le pavillon peut signifier l'univers. L'existence d'un prédicat commun permet aux deux sujets de devenir le signifiant l'un de l'autre. On reconnaît en cette règle d'identification par le prédicat le mécanisme de la métaphore. Cette figure, au même titre que les autres figures de rhétorique, se retrouve à la base de tout système symbolique. Les figures répertoriées par la rhétorique sont autant de cas particuliers d'une règle abstraite qui préside à la naissance de signification dans toute activité humaine, du rêve à la magie.

L'existence d'un prédicat commun rend le signe motivé; l'arbitraire du signe, qui caractérise la langue quotidienne, semble être un cas exceptionnel. Cependant le nombre de prédicats ou de propriétés que l'on peut rattacher à un sujet est illimité; les signifiés possibles de tout objet, de toute action sont donc en nombre infini.

A l'intérieur d'un seul système d'interprétation, on propose déjà plusieurs sens: C'est ce qui permet à l'Ennemi, travesti en prêtre, de proposer de fausses interprétations aux crédules chevaliers. Le voici, s'adressant à Bohort: L'oiseau noir est le grand péché qui te la fera éconduire Comment se retrouver dans cet arbitraire des significations, arbitraire beaucoup plus dangereux que celui du langage ordinaire?

Ce n'est pas grâce à elle que nous aurions pu découvrir la fausseté de la première interprétation; mais parce que, et ceci est essentiel, le nombre des signifiés est réduit et leur nature, connue d'avance. L'oiseau blanc ne pouvait pas signifier une demoiselle innocente car les rêves n'en parlent jamais; il ne peut signifier, en dernier compte, que deux choses: Dieu et le démon.

Une certaine interprétation psychanalytique du rêve n'est pas faite autrement; l'arbitraire débordant que donne toute interprétation par le prédicat commun est circonscrit et régularisé par le fait qu'on sait ce qu'on va découvrir: Les signifiés sont donnés d'avance, ici comme là. L'interprétation des rêves, que l'on trouve dans la Quête du Graal, obéit aux mêmes lois que celles de Jones, et comporte autant d'à priori; ce n'est que la nature des a priori qui est changée. En voici un dernier exemple analyse d'un rêve de Bohort: Mais le prud'homme les séparait, ce qui signifie que Notre Sire, qui ne voulait pas leur perte, vous envoya pour les séparer et sauver leur blancheur à tous deux II ne suffira pas que les signifiants et les signifiés, les récits à interpréter et les interprétations soient de même nature.

La Quête du Graal va plus loin; elle nous dit: Une aventure est à la fois une aventure réelle et le symbole d'une autre aventure; en cela ce récit médiéval se rapproche de la typologie chrétienne et se distingue des allégories auxquelles nous sommes habitués et dans lesquelles le sens littéral est devenu purement transparent, sans aucune logique propre. Pensons aux aventures de Bohort.

Bohort propose ses services, pour défendre la cause de son hôte. Le lendemain, il va au champ de la rencontre et un rude combat s'engage. Par en haut, par en bas, ils déchiquettent leurs boucliers, ils brisent les hauberts aux hanches et sur les bras; ils se blessent profondément, faisant jaillir le sang sous les claires épées tranchantes.

Bohort rencontre dans le chevalier une bien plus grande résistance qu'il ne le pensait. Cependant, il tombe sur un prud'homme qui lui explique que la dame n'était nullement une dame, ni le chevalier-adversaire, chevalier. L'autre dame, qui avait été déshéritée et lui faisait la guerre, est l'Ancienne Loi, l'ennemi qui guerroie toujours contre la sainte Église et les siens.

L'opposition entre matériel et spirituel est continuellement posée et levée. Une telle conception du signe contredit nos habitudes. Pour nous, le combat doit se dérouler ou bien dans le monde matériel ou bien dans celui des idées; il est terrestre ou céleste, mais non les deux à la fois. Si ce sont deux idées qui se battent, le sang de Bohort ne peut être versé, seul son esprit est concerné. Maintenir le contraire, c'est enfreindre une des lois fondamentales de notre logique, qui est la loi du tiers exclu.

Ceci et le contraire ne peuvent pas être vrais en même temps, dit la logique du discours quotidien ; la Quête du Graal affirme exactement le contraire. Tout événement a un sens littéral et un sens allégorique.

Cette conception de la signification est fondamentale pour la Quête du Graal et c'est à cause d'elle que nous avons du mal à comprendre ce qu'est le Graal, entité à la fois matérielle et spirituelle. L'intersection impossible des contraires est pourtant sans cesse affirmée: On peut déjà donner, à partir de cette image de la signification, une [67] première approximation sur la nature de la quête et sur le sens du Graal: Trouver le Graal, c'est apprendre à déchiffrer le -langage divin, ce qui veut dire, nous l'avons vu, faire siens les a priori du système; d'ailleurs, tout comme en psychanalyse, il ne s'agit pas ici d'un apprentissage abstrait n'importe qui connaît les principes de la religion, comme aujourd'hui du traitement analytique , mais d'une pratique très personnalisée.

Galaad, Perceval et Bohort parviennent, plus ou moins facilement, à interpréter les signes de Dieu. Lancelot le pécheur, malgré toute sa bonne volonté, n'y réussit pas. Au seuil du palais, où il pourrait contempler la divine apparition, il voit deux lions monter la garde. Mais c'est là le code profane et non divin. Une voix lui dit: Misérable, crois-tu que Celui qui t'a pris à Son service ne soit pas plus puissant que tes armes?

Pour cette raison même, à l'intérieur du palais, Lancelot ne verra qu'une partie infime du mystère du Graal. Ignorer le code, c'est se voir refuser à jamais le Graal. Il faut les ramener à leur signification morale pour en découvrir l'enchaînement. L'auteur compose, si l'on peut dire, dans le plan abstrait, et traduit ensuite. L'organisation du récit se fait donc au niveau de l'interprétation et non à celui des événements-à-interpréter.

Les combinaisons de ces événements sont parfois singulières, peu cohérentes, mais cela ne veut pas dire que le récit manque d'organisation; simplement, cette organisation se situe au niveau des idées, non à celui des événements.

On pourrait parler à ce propos de l'opposition entre causalité événementielle [68] et causalité philosophique; et Pauphilet rapproche avec justesse ce récit du conte philosophique du xvnie siècle. La substitution d'une logique par une autre ne se produit pas sans problèmes. Dans ce mouvement, la Quête du Graal révèle une dichotomie fondamentale, à partir de laquelle s'élaborent différents mécanismes. Il devient alors possible d'expliciter, à partir de l'analyse de ce texte particulier, certaines catégories générales du récit.

Prenons les épreuves, cet événement des plus fréquents dans la Quête du Graal. L'épreuve est présente déjà dans les premiers récits folkloriques; elle consiste en la réunion de deux événements, sous la forme logique d'une phrase conditionnelle: La Quête du Graal connaît, bien entendu, ces épreuves, avec leurs variations: Mais c'est une autre catégorie qui permet de mieux situer les différentes épreuves.

Si l'on compare les épreuves que subissent Perceval ou Bohort, d'une part, avec celles de Galaad, de l'autre, on s'aperçoit d'une différence essentielle. Lorsque Perceval entreprend une aventure, nous ne savons pas d'avance s'il sera victorieux ou non; parfois il échoue et parfois il réussit. L'épreuve modifie la situation précédente: Il n'en est pas de même en ce qui concerne Galaad. Dès le début du texte, Galaad est désigné comme le Bon Chevalier, l'invincible, celui qui achèvera les aventures du Graal, image et réincarnation de Jésus-Christ.

Il est impensable que Galaad échoue ; la forme conditionnelle de départ n'est plus respectée. Galaad n'est pas élu parce qu'il réussit les épreuves mais réussit les épreuves parce qu'il est élu. Ceci modifie profondément la nature de l'épreuve; il s'impose même de distinguer deux types d'épreuves et dire que celles de Perce-val ou Bohort sont des épreuves narratives, alors que celles de Galaad, [69] des épreuves rituelles.

En effet, les actions de Galaad ressemblent beaucoup plus à des rites qu'à d'ordinaires aventures. S'asseoir sur le Siège Périlleux sans périr; retirer l'épée du perron; porter l'écu sans danger, etc.

Est-ce alors un exploit de la part de Galaad que de s'y asseoir? De même pour l'épée: De même encore pour l'écu qui porte malheur à tous sauf un; le chevalier céleste avait déjà expliqué: Il n'y a à nouveau ici aucun exploit, Galaad ne fait qu'obéir aux ordres venant d'en-haut, il ne fait que suivre le rite qui lui est prescrit. Lorsqu'on a découvert l'opposition entre le narratif et le rituel dans la Quête, on s'aperçoit que les deux termes de cette opposition sont projetés sur la continuité du récit, de sorte que celui-ci se divise schématiquement en deux parties.

La première ressemble au récit folklorique, elle est narrative au sens classique du mot ; la seconde est rituelle, car à partir d'un certain moment il ne se passe plus rien de surprenant, les héros se transforment en serviteurs d'un grand rite, le rite du Graal Pauphilet parle à ce propos d'Épreuves et de Récompenses.

Nous sommes alors à l'opposé du récit folklorique, tel qu'il apparaît encore dans la première partie, malgré la présence du rituel autour de Galaad. La Quête du Graal est construite sur la tension entre ces deux logiques: On peut les observer toutes les deux dès les premières pages: Les apparitions du Saint-Graal ne se trouvent pas dans une relation nécessaire avec les épreuves des chevaliers qui se poursuivent entre-temps.

L'articulation de ces deux logiques se fait à partir de deux conceptions contraires du temps et dont aucune ne coïncide avec celle qui nous est la plus familière. Le temps est constitué ici par l'enchaînement d'innombrables instances du discours; or celles-ci définissent l'idée même du présent. On parle à tout instant de l'événement qui se produit pendant l'acte même de parole; il y a un parallélisme parfait entre la série des événements dont on parle et la série des instances du discours.

Le discours n'est jamais en retard, jamais en avance sur ce qu'il évoque. A tout instant aussi, les personnages vivent dans le présent, et dans le présent seulement; la succession des événements est régie par une logique qui lui est propre, elle n'est influencée par aucun facteur extérieur.

Aucun événement ne se produit ici pour la première ni pour la dernière fois. Tout a été déjà annoncé; et on annonce maintenant ce qui suivra. L'origine du rite se perd dans l'origine des temps; ce qui importe en lui, c'est qu'il constitue une règle qui est déjà présente, déjà là.

Dans les deux cas, le temps est en quelque sorte suspendu, mais de manière inverse: La Quête du Graal connaît, comme tout récit, l'une et l'autre logiques. Lorsqu'une épreuve se déroule et que nous ne savons pas comment elle se terminera; lorsque nous la vivons avec le héros instant après instant et que le discours reste collé à l'événement: Lorsque, au contraire, l'épreuve est engagée et qu'il est annoncé que son issue a été prédite depuis des siècles, qu'elle n'est plus par conséquent que l'illustration de la prédiction, nous sommes dans l'éternel retour et le récit se déroule suivant la logique rituelle.

Tout a été prédit. Au moment où arrive l'aventure, le héros apprend qu'il ne faut que réaliser une prédiction. Les hasards de son chemin amènent Galaad dans un monastère; l'aventure de l'écu s'engage; soudain le chevalier céleste annonce: Là où sera enterré Nascien, placez l'écu. C'est là que viendra Galaad, cinq jours après avoir reçu l'ordre de la chevalerie. Galaad a simplement joué son rôle dans un rite préétabli.

Messire Gauvain reçoit un rude coup de l'épée de Galaad; il se souvient aussitôt: Il me fut annoncé qu'avant longtemps j'en recevrais un coup terrible, et c'est l'épée même dont vient de me frapper ce chevalier. La chose est bien advenue telle qu'elle me fut prédite. Ce futur rétrospectif, rétabli au moment de la réalisation d'une prédiction, est complété par le futur prospectif, où l'on est placé devant la prédiction même.

Le dénouement de l'intrigue est raconté, dès les premières pages, avec tous les détails nécessaires. Voici la tante de Perceval: Des deux vierges, l'un sera le chevalier que vous cherchez, et vous l'autre; le troisième sera Bohort de Gaunes. Ces trois-là achèveront la Quête.

Et pour qu'on n'oublie pas la prédiction, on nous la répète sans cesse. Savez-vous pourquoi je vous le demande? Parce que Perceval y reposera et vous auprès de lui. Le narrateur de l'Odyssée se permettait de déclarer, plusieurs chants avant qu'un événement n'arrive, comment celui-ci allait se dérouler.

Ainsi, à propos d'Antinoos: Mais le narrateur de la Quête en fait exactement autant, il n'y a pas [72] de différence dans la technique narrative des deux textes sur ce point précis: Enfin, si tout le présent était déjà contenu dans le passé, le passé, lui, reste présent dans le présent.

Le récit revient sans cesse, bien que subrepticement, sur lui-même. Lorsqu'on lit le début de la Quête, on croit tout comprendre: Mais il faut que le présent devienne passé, souvenir, rappel, pour qu'un autre présent nous aide à le comprendre. Ce Lancelot que nous croyions fort et parfait est un pécheur incorrigible: Ces chevaliers que nous admirions au début sont des pécheurs invétérés qui seront punis: Ce que nous observions naïvement dans les premières pages n'était que des apparences, qu'un simple présent.

Le récit consistera en un apprentissage du passé. Même les aventures qui nous semblaient obéir à la logique narrative se trouvent être des signes d'autre chose, des parties d'un immense rite.

L'intérêt du lecteur et on lit la Quête du Graal avec un intérêt certain ne vient pas, on le voit, de la question qui provoque habituellement cet intérêt: On sait bien, et depuis le début, ce qui se passera, qui atteindra le Graal, qui sera puni et pourquoi.

L'intérêt naît d'une tout autre question, qui est: Ce sont là deux types différents d'intérêt, et aussi deux types de récit. L'un se déroule sur une ligne horizontale: L'autre représente une série de variations qui s'empilent sur une verticale; ce qu'on cherche sur chaque événement, c'est ce qu'il est.

Le premier est un récit de contiguïté, le second, de substitutions. Dans notre cas, on sait dès le début que Galaad achèvera victorieusement la quête: Cette même opposition se retrouve, bien sûr, ailleurs.

Les deux types [73] fondamentaux de roman policier: Dans le premier cas, l'histoire est donnée dès les premières pages, mais elle est incompréhensible: L'enquête consiste à revenir sans cesse sur les mêmes événements, à vérifier et corriger les moindres détails, jusqu'à ce qu'à la fin éclate la vérité sur cette même histoire initiale. Dans l'autre cas, pas de mystère, pas de retour en arrière: La construction cyclique de substitutions s'oppose à nouveau à la construction unidirectionnelle et contiguë.

On sait que la poésie se fonde essentiellement sur la symétrie, sur la répétition sur un ordre spatial alors que la fiction est construite sur des relations de causalité un ordre logique et de succession un ordre temporel.

Les substitutions possibles représentent autant de répétitions, et ce n'est pas un hasard si un aveu explicite de l'obéissance à cet ordre apparaît précisément dans la dernière partie de la Quête, celle où la causalité narrative ou la contiguïté ne jouent plus aucun rôle. Galaad voudrait emmener ses compagnons avec lui ; le Christ le lui refuse en alléguant comme raison la seule répétition, non une cause utilitaire. Sire, fit Galaad, pourquoi ne permettez-vous pas que tous viennent avec moi?

Des deux techniques principales de combinaison d'intrigues, l'enchaînement et l'enchâssement, c'est la seconde qu'on doit s'attendre à découvrir ici; et c'est ce qui se produit. Les récits enchâssés foisonnent en particulier dans la dernière partie du texte, où ils ont une double fonction: En effet, les séquences d'interprétation, fréquentes dans la première partie du récit, disparaissent ici; la distribution complémentaire des [74] interprétations et des récits enchâssés indique que les deux ont une fonction semblable.

Les histoires enchâssées suppléent à un dynamisme qui manque alors dans le récit-cadre: La logique narrative est battue en brèche tout au long du récit. Il reste cependant quelques traces du combat, comme pour nous rappeler son intensité.

Ces épisodes sont parmi les plus bouleversants du livre et il est en même temps difficile d'en découvrir la fonction. On nous dit par exemple: Et ils auraient pu y arriver plus tôt, mais ne sachant pas très bien le chemin, ils n'avaient pas pris le plus court. Qu'est-ce que le Graal? Cette question a suscité de multiples commentaires; citons la réponse qu'en donne le même Pauphilet: La quête du Graal, par suite, n'est, sous le voile de l'allégorie, que la recherche de Dieu, que l'effort des hommes de bonne volonté vers la connaissance de Dieu.

Mais nous savons déjà que, dans la Quête du Graal, l'intelligible et le sensible, l'abstrait et le concret, peuvent faire un; aussi ne sera-t-on pas surpris de lire certaines descriptions du Graal le présentant comme un objet matériel, et d'autres, comme une entité abstraite.

D'une part, le Graal égale Jésus-Christ et tout ce que celui-ci symbolise: Autrement dit, ce que les chevaliers cherchaient - le Graal - était Jésus-Christ. D'autre part, quelques pages plus loin, nous lisons: Le Saint-Graal s'y trouvait, couvert d'une étoffe de soie vermeille. La contradiction n'existe, on l'a vu, que pour nous qui voulons isoler le sensible de l'intelligible. Le Graal est les deux à la fois. Pourtant, le fait même que ces doutes existent sur la nature du Graal est significatif.

Ce récit raconte la quête de quelque chose; or ceux qui cherchent ignorent sa nature. Il est impossible d'établir qui mentionne le Graal en premier; le mot semble toujours avoir été déjà là; mais, même après la dernière page, nous ne sommes pas certains d'avoir bien compris son sens: De ce fait, nous sommes continuellement obligés de mettre ce concept en relation avec d'autres, qui apparaissent au cours du texte.

De [76] cette mise en relation, il résulte une nouvelle ambiguïté, moins directe que la première mais aussi plus révélatrice. La première série d'équivalences et d'oppositions relie le Graal à Dieu mais aussi, par l'intermédiaire de l'aventure, au récit. Les aventures sont envoyées par Dieu; si Dieu ne se manifeste pas, il n'y a plus d'aventures. Jésus-Christ dit à Galaad: Les aventures qui adviennent maintenant sont les signes et les apparitions du Saint-Graal Dieu, le Graal et les aventures forment donc un ensemble, dont tous les membres ont un sens semblable.

Mais l'on sait d'autre part que le récit ne peut prendre naissance que s'il y a une aventure à relater. C'est ce dont se plaint Gauvain: Un jour il retrouva Hestor des Mares qui chevauchait tout seul, et ils se reconnurent avec joie. Mais ils se plaignirent l'un à l'autre de n'avoir à raconter aucun exploit extraordinaire. Il existe cependant une autre série dont le récit fait également partie et dont les termes ne ressemblent nullement à ceux de la première.

Nous avons vu déjà que la logique narrative était sans cesse en retrait devant une autre logique, rituelle et sacrée; le récit est le grand vaincu de ce conflit. Parce que le récit, tel qu'il existe à l'époque de la Quête, se rattache au péché, non à la vertu; au démon, non à Dieu. Les personnages et les valeurs traditionnels [77] du roman de chevalerie sont non seulement contestés mais bafoués.

Ils sont battus sur leur propre terrain: Galaad est meilleur chevalier qu'eux deux et il renverse l'un et l'autre de son cheval. Lancelot se fait insulter même par les valets, battre aux tournois; regardons-le dans son humiliation: Vous fûtes la fleur de la chevalerie terrienne!

Lancelot ne répondit rien, si affligé qu'il eût voulu mourir. Le valet, cependant, l'injuriait et l'offensait de toutes les vilenies possibles. Lancelot l'écoutait dans une telle confusion qu'il n'osait lever les yeux sur lui. Aussi n'est-ce pas seulement Lancelot qui est à plaindre, c'est aussi le roman de chevalerie. A cette pensée il fut tout marri et se dit que tout lui montrait qu'il était le plus pécheur des hommes, puisque ses fautes et sa malaventure lui avaient ôté la vue et la force.

La Quête du Graal est un récit qui refuse précisément ce qui constitue la matière traditionnelle des récits: Don Quichotte avant la lettre, ce livre déclare la guerre aux romans de chevalerie et, à travers eux, au romanesque. Le récit ne manque pas de se venger, d'ailleurs: Le roman est fait pour raconter des histoires terrestres; or le Graal est une entité céleste.

Il y a donc une contradiction dans le titre même de ce livre: Dieu ne se manifeste pas dans les romans; les romans relèvent du domaine de l'Ennemi, non de celui de Dieu.

Mais si le récit renvoie aux valeurs terrestres, et même carrément au péché et au démon pour cette raison la Quête du Graal cherche sans cesse à le combattre , nous arrivons à un résultat surprenant: N'y cherchons pas, cependant, une perfidie quelconque de la part du narrateur: On a voulu se servir du récit terrestre à des buts célestes, et la contradiction est restée à l'intérieur du texte.

Elle n'y serait pas si on louait Dieu dans des hymnes ou des sermons, ni si le récit traitait des exploits chevaleresques habituels. L'intégration du récit dans ces chaînes d'équivalences et d'oppositions a une importance particulière. Ce qui apparaissait comme un signifié irréductible et dernier - l'opposition entre Dieu et le démon, ou la vertu et le péché, ou même, dans notre cas, la virginité et la luxure - n'est pas tel, et ceci grâce au récit. Il semblait à première vue que l'Écriture, que le Livre Saint constituait un arrêt au renvoi perpétuel d'une couche de significations à l'autre; en fait cet arrêt est illusoire car chacun des deux termes qui forment l'opposition de base du dernier réseau désigne, à son tour, le récit, le texte, c'est-à-dire la toute première couche.

De ce fait, le récit apparaît comme le thème fondamental de la Quête du Graal comme il l'est de tout récit, mais toujours différemment. En définitive, la quête du Graal est non seulement quête d'un code et d'un sens, mais aussi d'un récit. Significativement, les derniers mots du livre en racontent l'histoire: On pourrait objecter que si l'auteur avait voulu dire tout cela, il l'aurait fait plus clairement; et d'ailleurs n'attribue-t-on pas là à un auteur du xme siècle des idées qui appartiennent au xxe?

Une réponse se trouve déjà dans la Quête du Graal: Au début et à la fin de chaque chapitre nous voyons apparaître ce sujet, traditionnel pour le Moyen Age: Or si l'auteur pouvait ne pas comprendre très bien ce qu'il était en train d'écrire, le conte, lui, le savait. Si presque tous les grands romans de James sont traduits en français, un quart seulement des nouvelles l'est.

Elles s'apparentent en quelque sorte à des études théoriques: Par ce fait, les nouvelles constituent une voie privilégiée, que j'ai choisie pour m'introduire dans cet univers complexe et fascinant.

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